[RP] [COH] Titanium Jane-CF01 (aka Catioucha)

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[RP] [COH] Titanium Jane-CF01 (aka Catioucha)

Messagede Catioucha le Lun 02 Juin 2008, 21:21

Voilà un petit texte roleplay inspiré par les récits de mes compatriotes clones, sur City of Heroes... à force de lire Cenwen, Animal et les autres, ça m'a donné envie d'écrire, et pouquoi pas, de justifier RP parlant le fait que ma petite clonette ait quitté le paysage du jeu et du Super Groupe... Je ne promet pas que ça me fasse rejouer mais cet univers de super héros m'a toujours inspirée, alors autant écrire au lieu de tout garder dans ma tête et de perdre l'inspiration quand elle vient ;)

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1) Loin des Yeux...

Une plage, les palmiers, le soleil. Que demande le peuple ! Mais quand-même, qu'est-ce qu'il fait chaud dans cette taule ! Je transpire et une goutte de sueur vient s'écraser juste à côté de la carte postale, pile sur le dos de ma main.

Un soupir. Je reprend, avec application. J'ai mal au crâne, comme j'ai mal...

« Salut les gonzesses ! »

Ça commence comme ça. Ça me ressemble. Tellement. A quoi d'autre pourraient-ils s'attendre, venant de moi ?

« Salut les gonzesses ! Ca swingue de votre côté ? Parce que moi c'est l'éclate, totale ! »

Je laisse s'échapper un sourire nerveux. L'éclate. Totale. Mot pour mot. Mon sourire se change en petit rire un peu con. Stay focus baby, stay focus...

« Chuis désolée de vous avoir plantés sans prévenir ni donner de nouvelles, mais la pression, la vie de héros, le devant de la scène, finalement c'est pas pour moi... J'avais besoin de vacances, quoi ! »

La plage, les palmiers, la chaleur étouffante... Des vacances, oui, en quelques sortes... La bonne blague. Un petit rire m'échappe encore.

« Une petite carte pour vous donner envie et vous faire baver ! La plage est super, tout va bien, et j'ai rencontré un mec d'enfer, je vous raconte pas ! »

D'enfer, c'est le cas de le dire...

« M'attendez pas pour tout de suite, surtout, je risque d'en prendre une bonne tranche ! »

Tu m'étonnes ! Quand on aime on ne compte pas !

« Bon baisers pleins de sable de votre Tita ! »

Oui. La plage, les palmiers, le sable. Je vais faire des jaloux, c'est sûr !

Je n'ai plus qu'à signer, je me penche une dernière fois sur mon ouvrage. Je transpire et une goutte de sueur s'écrase sur le coin en haut à droite de la carte postale. Le papier se teinte légèrement de rouge... Arf, travail de cochon... Je colle le timbre par dessus, tant pis.

Un homme entre soudain et me demande si j'ai terminé.

A la hâte je griffonne au bas de la carte : « PS : embrassez Mastery Joe pour moi surtout ! »

Pourvu qu'ils y pensent... Puis j'acquiesce et lui tend la carte, il l'emporte sans mot dire et referme la porte soigneusement derrière lui. Le room service est impeccable, faut admettre. Sourire en coin.

J'ai soif. Je me lève laborieusement et vais jusqu'à une petite cuvette posée sur une tablette avec vue sur la mer.

Je plonge mes mains dans la cuvette et bois quelques gorgées. Puis je me passe une main humide sur le visage. Derrière moi la porte grince à nouveau. Je sursaute et me retourne, sur le qui-vive.

C'est lui. Enfin. Il me jauge. Son visage est imperturbable. Non dénué de charme pourtant. Je souris, amusée, impatiente, limite. Qu'on passe vite aux choses sérieuses.

« Tu sais te faire désirer ! » dis-je avec un petit rictus.

Derrière moi, la plage, les palmiers, et cette chaleur qui fait perler une sueur étrangement poisseuse sur ma tempe...

Je porte la main à mon front. Je retire mes doigts : ils sont teintés de rouge.

« Le bandage est imbibé. Il va falloir le changer bientôt sinon je vais tâcher les draps... » que je lui lance sur le ton de la conversation.

Il ne répond pas et s'avance vers moi. Je sens une force étrange m'envahir. Machinalement je serre les poings, du moins j'essaie, mais ils restent sourds à mes ordres. Quel pouvoir...

« Jane. » lâche-t-il en me prenant doucement par les épaules. Juste mon nom. Jane. Dans sa bouche ça sonne comme une caresse. Une caresse de pierre. J'ai l'impression de devenir un grain de sable.

La plage, le sable sur la plage, les palmiers. Derrière moi, une vision de paradis. Stay focus, baby...

« Jane. »répète-t-il encore, et je me sens glisser doucement, comme le sable entre les doigts du destin.

Plage, palmiers, sable.

Ma tête éclate, trop petite pour loger deux consciences à la fois...

Au dessus de moi, un peu de travers, je vois un éclat de ciel bleu... Plage, palmiers, sable. Fichu poster qui me tient compagnie depuis deux mois. Maintenu au mur par deux punaises rouillées. Tout ça c'est du bidon. Mais la chaleur étouffante, elle, est bien réelle. Et la douleur aussi.

Je glisse sur le sol, le corps convulsé. Douleur ou plaisir ? Impossible à dire.

Autour de moi les murs de la geôle valsent et dansent.

Le poster devient, comme à chaque entrevue avec lui, mon seul horizon. Stay focus, baby, stay focus. Mentalement je marche sur la plage, les vagues me léchant les genoux. Stay focus. La ligne est ténue, mais encore une fois je m'y raccroche avec l'énergie du désespoir.

« Jane... Tu as intérêt à être une gentille fille... » murmure-t-il, agenouillé près de moi, les mains posées sur mes tempes. Mais sa voix ne résonne que dans ma tête, éclate dans l'espace restreint de mon cerveau, se fracasse sur les murs de mes pensées les plus intimes... tandis que je marche sur la plage en chantant toujours la même chanson « Stay focus, baby, stay focus on the fine line ! »

« Jane, ça ne sert à rien de lutter, tu vas te faire du mal. » dit-il doucement en accentuant la pression sur mes tempes.

Sous mes pieds, le sable, comment ça fait déjà, la sensation du sable sous les pieds ? Se concentrer. Pour survivre. Pour ne pas craquer.

« Jane, Jane, Jane... » soupire-t-il avec un claquement de langue. « Personne ne viendra te chercher maintenant, tes amis n'ont même pas levé le petit doigt après ta disparition, tu es tellement inconséquente ! »

Il éclate de rire. J'ai l'impression de prendre des éclats de shrapnels dans le cerveau... Vague, c'est une vague, un oiseau m'a frolé la main, c'est son cri que j'entends, j'éclate de rire à mon tour...

« Merci pour la carte au fait ! Au cas où ils auraient commencé à se poser des questions, tu viens de leur ôter leurs derniers doutes. On ne peut décidemment pas compter sur toi, Jane... Tu es trop... instable. Trop exubérante, si peu fiable... Jane, Jane, Jane... Voyons, tu ne peux marcher sans fin sur cette plage, il faudra un jour que tu acceptes... de me laisser entrer ! J'ai juste quelques questions à te poser... »

Ma tête explose dans une gerbe d'écume et de vagues. Trou noir.

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Messagede Catioucha le Ven 13 Juin 2008, 17:11

2) Prison break

« Tu crois que tu vas t'en tirer comme ça ? » ricane le gars tandis que je bondis vers lui.

Il vise mon cœur. Il ne sait pas encore.

Je concentre mes pouvoirs et continue d'avancer tandis qu'autour de moi commencent à scintiller les éclats de mon bouclier psychique. Il appuie sur la gâchette… sa balle ricoche sur moi… J'éclate d'un rire nerveux.

Je peux la voir, je la sens, cette stupeur qui le saisit alors que j'avance sur lui et lui décoche un crochet du droit en pleine mâchoire, figeant à jamais son rictus imbécile sur sa face de singe… Je la connais bien cette surprise, cet étonnement de me découvrir soudain invulnérable...

Heureusement pour moi il ignorait qu'en tirant plus vite, deux ou trois balles coup sur coup, il aurait eu une infime chance de traverser mon blindage psychique... Mais je suis rouillée ! Il n'aurait même pas dû avoir le temps de tirer une seule fois ! Et tandis qu'il s'effondre au sol je refoule cette sensation de n'être que la moitié de ce que j'étais avant...

Concentre toi sur autre chose ma fille, stay focus ! Savoure plutôt cette sensation de puissance retrouvée ! C'est pas la grande forme mais ça revient vite ! Depuis le temps que j'attendais une occasion d'échapper à l'emprise de ces foutus inhibiteurs psychiques installés partout dans ma geôle ! Je peux enfin éprouver ma force, je peux serrer mes poings à volonté, je peux enfoncer d'une pichenette les portes et les murs : je suis enfin de retour ! Yes !

Alors oui mon garçon... je me met à ricaner en lançant un dernier coup de latte à ma victime. Oui, je crois bien que je vais m'en tirer comme ça, héhé ! Facile, même !
Allez, ne pas se disperser... Je ne suis pas là pour tuer, quand bien même j'aimerais réduire quelques têtes en bouillie... Je ramasse l'arme du mec gisant au sol, inconscient. Dans sa poche intérieure je trouve ce que je cherchais : cartes magnétiques, passes... Merde alors ! La classe ! Un plan du bunker sur écran tactile !

Ne pas s'attarder, bon sang ! On s'extasiera sur le matos une autre fois ! Quelques clics sur le plan électronique et je visualise mon objectif. Encore deux étages et à moi l'héliport ! Je poursuis ma route, prudemment. C'est presque trop facile. Finalement je suis pas si rouillée que ça !

Trois minutes plus tard je déboule sur le toît. Il n'y a qu'un hélicoptère. Personne autour. Plutôt tranquille, bizarre… Ah ! tout de même l'alarme retentit ! Je n'ai pas cogné assez fort on dirait, quelqu'un en a réchappé… ou alors on sera venu m'apporter à bouffer... et on aura trouvé la grille d'aération laborieusement arrachée, gisant au sol...

On lance la chasse, mais c'est trop tard. Je franchis d'un pas rapide les quelques mètres qui me séparent de l'hélico, visiblement de type militaire... Tiens... Étrange...

Stay focus, merde ! Tu vas te faire tuer bon sang !

J'entends déjà des pas derrière moi, l'air est chaud et humide, je transpire comme jamais. Je grimpe à toute vitesse dans l'engin et tente de lancer les moteurs... Je n'ai jamais piloté de truc comme ça auparavant... Bon sang... Ce serait tellement plus pratique de pouvoir voler par mes propres moyens !!! Rhaaa !

Focus !!!

Bruit de balles qui sifflent autour de moi... Il y a des hommes qui sortent de l'escalier d'accès... Mes doigts s'emmêlent...

Merde ! RESTE CONCENTRÉE, BORDEL !

Bruit de moteur qui gronde, bruit de pas, cris et hurlement de la sirène d'alerte, je suis prise dans le tourbillon... j'attrape le manche et tente le tout pour le tout... Un type est presque arrivé jusqu'à moi, il me vise, je ferme les yeux, prière, une prière, c'est tout ce qui me vient à ce moment, une putain de prière à la con... Il me vise... Il tire et je lance mes boucliers avec l'énergie de la dernière chance... quand soudain l'hélico tremble et se meut enfin...

Je décolle ! Je décolle bon sang ! JE DÉCOLLE !!!

La balle siffle dans le vide. J'éclate d'un rire hystérique.

Au dessous de moi, de plus en plus petits, mes geôliers disparaissent... Je ris et je pleure en même temps, la pression retombe enfin... et très vite la raison me revient : il faut se grouiller. Il n'y avait qu'un hélico, du moins à ce que j'ai vu... ils ne pourront pas me suivre immédiatement, mais ils se mettront quand-même en chasse tôt ou tard ! Où je suis, d'abord ? Je tapote sur le plan, mieux qu'un GPS ce gadget, sérieux... une île au large de Cuba... Ben ça alors... Qu'est-ce que des américains, visiblement des militaires, foutent du côté de Cuba ?

Mais merde, focus on t'a dit bon sang ! Concentre toi sur l'instant présent, sauve tes fesses ! Tu te poseras ce genre de questions métaphysiques plus tard ! Pour l'instant c'est une putain de bonne nouvelle ! Tu n'es pas à l'autre bout de l'univers, tu vas pouvoir rejoindre la terre avec ce qu'il y a dans le réservoir de ce foutu engin, tu te démerderas pour appeler les copains à la rescousse !

Les frangins... Si je pouvais les appeler maintenant... Balayage rapide du regard... Mes yeux s'allument en tombant sur la radio de bord...

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Messagede Catioucha le Ven 13 Juin 2008, 19:20

3) Up and down

J'ouvre les yeux, il fait nuit noire...

Un mouvement à mes côtés... Je sursaute ! Mes boucliers s'affolent et se lancent machinalement, éclaboussant l'intérieur du cockpit d'une lumière irisée et chatoyante... une main se pose alors sur mon bras. Douce, réconfortante... Je souris.

Ma soeur, Gatling Jane, est à côté de moi, dans le siège du pilote. Tout me revient soudain comme un raz de marée : la fuite éperdue, l'hélicoptère, l'appel de détresse, l'atterrissage en catastrophe au milieu d'un coin paumé, l'attente, la peur, la soif et la faim me tiraillant... et soudain ce jet venu de nulle-part... portant sur son flanc le symbole de la Clone Factory ! Cette sensation au creux du ventre, ce soulagement !

Jane me lance un sourire.

« Tu devrais dormir encore un peu... C'est peut-être ta dernière chance pour récupérer. On arrive bientôt, et quand on y sera, tu sais qu'il va falloir faire un débriefing complet...

- Je sais... J'ai des tas de souvenirs de vacances à partager ! J'aurais bien fait des photos mais on m'a taxé mon appareil à la douane... Mais vous avez reçu ma petite carte postale j'espère ?!

Je ricane. Elle acquiesce et me regarde avec un petit air gêné, comme à chaque fois que je dis des conneries et qu'elle ne sait pas ce que je pense vraiment ou comment il faut réagir... Comment se fait-il qu'elle soit venue seule, au fait ?

- Les autres étaient en mission, les riktis, ça chauffe pas mal tu sais. Moi je récupérais à l'infirmerie... me répond Jane en lançant un regard vers sa jambe recouverte d'un bandage serré.

Tiens, je n'avais pas remarqué tout de suite qu'elle était blessée... Pourtant son bandage est plutôt voyant...

- Bienvenue au club ! Dis-je en passant une main négligente sur ma blessure à la tête.

Elle rit enfin avec moi. Combien de semaines j'ai passé sans entendre un seul rire ? C'est foutrement bon !

- Nous sommes en phase d'approche... me lance-t-elle, redevenant la sérieuse et efficace Gatling Jane.

- Ce jet est vraiment une aubaine ! Je savais pas que tu pilotais...

Elle a un petit rictus amusé.

- Tant de choses que tu ne sais pas... dit-elle avec un air mystérieux.

L'impression d'étrangeté s'estompe en quelques micro secondes. Je regarde Jane attentivement, elle a reprit son habituel masque de sérieuse sérénité et s'applique à piloter le jet pour me ramener à bon port.

- Je savais même pas qu'on disposait de ce genre de gadget à la Super Base ! Elle est fichtrement grande remarque... J'avais même pas encore tout exploré avant de...

Ma voix s'étouffe et Jane semble s'absorber dans la manœuvre de descente. Pudiquement. Arrêtes, tu vas pas te mettre à pleurer comme un bébé maintenant non ? C'est quoi ce délire ! Pense à autre chose, putain ! Tu es à la maison maintenant ! En sécurité !

Je renifle, essayant de faire croire que j'essuie de la sueur perlant sur mon front. Je me masse le front. Jane initie la descente. Étrange comme je n'ai pas vu passer le voyage ! Je me penche un peu et dans l'obscurité environnante je distingue enfin quelque chose : une sorte de plate-forme au milieu de la nuit... De petites balises lumineuses marquent la piste d'atterrissage.

Jane parvient à poser le coucou sans encombres et nous descendons. En fait, la plate-forme toute entière est une sorte de gigantesque sas de téléportation planté en plein milieu de l'océan ! J'avais jamais vu un truc aussi incroyable ! Le jet repose bien au milieu des balises lumineuses qui délimitent l'espace de téléportation, et au bout, scintillante, je vois très nettement la console de commande, vers laquelle nous nous avançons doucement...

- Tu vas te moquer de moi... commence Jane en me lançant un coup d'oeil gêné.

- Bien entendu que je vais me moquer, qu'est-ce que tu crois !

Je lui lance un clin d'oeil et attends qu'elle crache le morceau.

- Tu me connais... Trois tours de bocal et hop ! Une mémoire de poisson rouge...

- Je vois venir le truc...

- Je suis partie en catastrophe et j'ai pas du tout pensé à comment rejoindre la base ensuite... j'ai pas mémorisé mon code de téléportation...

- Et ben voyons ! Tu as de la chance que je sois pas comme toi !

Nous éclatons d'un rire complice. Jane est du genre à tout oublier comme ça ? On ne connait jamais assez bien les gens qui nous sont proches. Tout en tapant mon code d'accès au centre de téléportation de notre base, je me promet solennellement de passer plus de temps avec mes frères et soeurs. En dehors des missions je veux dire. Jane regarde timidement par dessus mon épaule...

- J'espère pour toi que les protocoles de sécurité n'ont pas été changés et que mon accès est toujours valide !

Oui ! Trainer ensemble, boire des pots, discuter. Nous sommes finalement tellement différents, bien que tellement semblables...

Un compte à rebours se lance sur la console. Mon code est encore actif. Le temps de rejoindre le jet et déjà nous sommes prises dans le scintillement. Une ou deux secondes plus tard nous marchons sur le sol du hangar de notre base bien aimée...

- Si tu permets, avant le débriefing j'aimerais vraiment prendre une douche !

- Je pense que tout le monde préfèrera, tu pues vraiment tu sais...

Tiens, la petite a rôdé son humour ! J'aime ! Je rejoins mes quartiers à grands pas.

L'eau. L'eau sur moi. Étrange... Ce n'est pas aussi... C'est différent de ce que j'imaginais ressentir... Je me sens encore lourde et poisseuse au sortir de la douche. Bah, sans doute psychologique, je somatise. Il me faudra un peu de temps pour reprendre mes marques. L'air est chargé d'humidité. Je me sèche, je passe vite fait une tenue de sport et je rejoins Jane en salle de contrôle, où elle m'accueille avec un paquet de chips...

- C'est tout ce que j'ai trouvé, dans l'urgence... grimace-t-elle. Je ne sais pas trop faire marcher le synthétiseur de nourriture et les autres réserves sont sous clés... Mastery Joe est le responsable du cellier... Faudra attendre qu'il revienne...

Joe... Une impression de déjà vu me traverse mais je ne saurai dire... J'ai tellement faim de toute façon ! Je secoue la tête pour chasser ma torpeur et j'attrape les chips.

- Bah, ça fera bien l'affaire ! Dis-je en éventrant le paquet.

- Si tu veux on peut commencer et tout enregistrer. Ça t'évitera d'avoir à te répéter...

- Oui, bonne idée.

Jane s'éloigne de la grande table de réunion et commence à préparer les appareils d'enregistrement. La maison. Ça fait bizarre de se dire que ce bunker bourré de technologie de pointe est mon foyer... Mon home sweet home... Comment ça fait de vivre dans une maison normale, d'avoir une vie normale ? De ne pas être un clone, de ne pas être montré du doigt... de ne pas avoir de pouvoirs... Qu'est-ce que ça fait de ne pas se réveiller le matin dans une geôle quelque part au large de Cuba et de se faire tabasser et passer la cervelle au mixer psychique ?

Tu te fais du mal ma fille ! Pense à autre chose !

- Je crois pas me souvenir de Mastery Joe... dis-je négligemment à Jane en croquant quelques chips. Je le connais ?

- Tu as sans doute pris un coup sur la tête... marmonne Jane en s'affairant sur le clavier d'un ordinateur. J'étais un peu jalouse que moi tu ne m'envoies pas de bons baisers plein de sable... fait-elle avec une grimace amusée en montrant du doigt la carte postale affichée au mur.

Une chips éclate entre mes doigts sans atteindre mes lèvres. Je pose le paquet sur la table.

Sur le mur, la plage, le sable, les vacances.

Punaisée sur un panneau d'affichage, ma carte postale. Avec une pensée pour Mastery Joe, pourvu qu'ils y pensent...

- Voilà ! Tout est prêt pour un débriefing express et après dodo ! Lâche Gatling Jane en se retournant vers moi, pile au moment où mon poing s'élance furieusement et vient la cueillir juste sous le menton !

Sa mâchoire craque sous l'impact et du sang coule à la commissure de ses lèvres tandis qu'elle me lance un regard affolé et tente de parer les coups avec l'air de ne rien y comprendre.

- Mais tu es complètement folle ! Qu'est-ce qui te prend ! Hurle-t-elle en reculant.

Je bondis vers elle, tout mes boucliers lancés, et bande mes muscles pour lui balancer encore une mandale capable d'étourdir un boeuf :

- Aucun Mastery Joe n'avait été éveillé avant qu'on m'enlève ! J'essayais d'envoyer un indice à mes frères ! Tu n'es PAS Gatling Jane ! Me mets-je à hurler en lançant enfin mon bras en avant...

Il retombe soudain. Inerte. Mon poing toujours serré.

Autour de moi les murs froids et nus de ma geôle réapparaissent. Le poster est toujours à la même place. Les punaises toujours rouillées. Des larmes d'impuissance me montent aux yeux malgré ma volonté... mais ai-je encore la volonté de quoique ce soit ?

- Je ne pensais pas que tu mettrais tant de temps à réagir... ricane-t-Il en me regardant lutter contre la force d'inertie qu'Il a généré et qui m'emprisonne totalement. Je n'ai pas encore toutes les informations que je voulais, mais au moins maintenant j'ai ton code d'accès...

Un peu de sang coule sur son menton. Au moins ça ce n'était pas une illusion...

Maigre consolation...

- Je voudrais mourir... » dis-je en m'effondrant en larmes sur le sol.


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Dernière édition par Catioucha le Mer 18 Juin 2008, 08:40, édité 1 fois.
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Messagede Catioucha le Mar 17 Juin 2008, 09:53

4) « Je » de dupes

Le seul avantage de la captivité, c’est la cure d’amaigrissement gratos, mieux que Weight Watchers ! Non, je déconne. Enfin pas tant que ça, j’ai vraiment perdu plusieurs kilos, mais là n’est pas la question.

Le véritable avantage de la captivité, c’est qu’on a enfin le temps de se poser et de penser, de prendre du recul. Ok, ma piaule fait 3m², niveau recul c’est pas la joie… mais quand je ferme les yeux, c’est une autre affaire !

Je m’appelle Jane, Jane Titanium, et pour la première fois de ma courte vie d’adulte, j’ai le temps de réfléchir. De penser à moi. À ce que je suis…

« Ce que… » Tiens, tu vois, même toi tu as du mal à dire « qui »… à te percevoir comme un être humain, un individu à part entière…

Ne joue pas sur les mots !

Tu es Titanium Jane-CF01, rien de plus, une chose fabriquée de la main de l’homme, une créature artificiellement générée, un numéro d’ordre, un modèle de production ! Un clone !

Ok, je suis un clone, c’est ce que je suis. Mais qui je suis, c’est mon identité, ma personnalité, ce que j’ai en propre ! Et ça, rien ni personne ne peut me l’enlever ! Alors n’essaye pas de m’embrouiller avec tes arguments à la con !

Ouais… N’empêche, sauf à accepter de considérer comme normale la maturation de tes gênes dans un sas… tu n’as pas eu d’enfance ! Tu n’as pas eu de parcours ! Tu es sortie du néant ! Une adulte sans passé, sans passif ! Comment tu crois que les vrais gens apprennent et développent leur personnalité propre ? Comment tu crois que tu apprends qui tu es ? Est-ce que ta foutue personnalité n’est pas incluse dans ton programme génétique ? Est-ce que tu crois vraiment que tu es partie de zéro ?

Je n’ai pas envie de parler de ça avec toi…

Si déjà tu refuses d’en parler avec moi, je ne sais pas avec qui tu pourras en parler !

Je doute que quelqu’un ait envie d’entendre ce genre de conneries de toute façon…

Et tes frères et sœurs ? Hein ? Tu en fais quoi de tes frères et sœurs ?

Faudrait savoir ! Tout à l’heure j’étais juste un numéro d’ordre, et maintenant j’ai des frères et sœurs… Tu me fais marrer !

Ah ben maintenant c’est à ton tour de jouer sur les mots…À croire que c’est vraiment dans tes gênes !

Quand y’a du gêne, y’a pas d’plaisir…

Mais bordel ! Pourquoi tout le temps ce besoin de tout tourner en dérision ?

Peut-être parce que ma vie est dérisoire… Regarde un peu autour de toi : ma situation n’est-elle pas dérisoire ? Si je ne me moque pas de tout de mon plein gré, autant se tirer tout de suite une balle ! Tu ne crois pas ?

Je ne te crois pas, non…

Tu fais comme tu veux, je m’en balance d’une force ! Si tu savais !

Justement, je sais.

Tu ne sais rien ! Sinon tu ne m’empêcherais pas de croire que je suis une personne ! Tu comprendrais que je n’ai que ça pour tenir ! Tu comprendrais que si on m’enlève le droit de tout prendre à la rigolade, je deviendrais un robot, une machine ! Je n’aurais plus d’âme !

Ce que je sais, c’est qu’encore une fois tu ramènes tout à toi, à ta petite personne.

Tu ne sais rien, alors tais toi !

Je croyais que la captivité c’était le moment idéal pour discuter avec soi-même... mais visiblement il ne faut surtout pas causer de ce qui est vraiment important… Et puis il ne faut surtout pas t’éloigner de ton nombril… Mais que je suis bête : tu n’as pas de nombril, tu es un clone !

Arrête ça ! Tu crois vraiment que je suis si superficielle ? Que je suis si égoïste ? Tu crois vraiment que je suis centrée sur ma petite personne ? Est-ce que c’est vraiment moi… ça ?

Je ne sais pas. À toi de le dire. C’est peut-être effectivement comme ça que tu te perçois… après j’ignore si c’est ainsi que tu es véritablement. J’essaye juste de te faire réagir.

Tu devrais plutôt essayer de trouver un moyen de nous faire sortir de là !

Tu devrais plutôt admettre que les véritables murs sont en toi… Cette cellule, c’est juste une représentation concrète de ce que tu t’imposes depuis le commencement de ton existence… cet enfermement perpétuel en toi, cet étouffement de ta personnalité au moyen d’artifices grossiers, cette application à te rendre captive de ton personnage de clown…

Bullshit.

Pourquoi essayes tu de cacher ta terreur, tes doutes, tes inquiétudes, tes peurs, en faisant croire que tu es forte et en te moquant de tout en toutes circonstances ? Pourquoi t’interdire expressément ce qui ferait de toi un être humain à part entière, et non pas une machine de guerre ?



Ce n’est pas forcément être faible que d’être humain... Ce n’est pas forcément être fort que d’être indifférent à tout…

Je retire ce que j'ai dis.

Le seul véritable avantage de la captivité, c’est qu’on a enfin le temps de se rouler en boule et de pleurer, sans personne pour venir vous emmerder en vous demandant ce qui se passe… Ça, c’est vraiment le grand luxe !


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Messagede Catioucha le Mer 18 Juin 2008, 09:00

5) Training room

Je ne sais plus quel jour on est. J’ai perdu le fil. Tout ce que je sais, c’est que ça fait un sacré moment qu’Il n’est pas venu me voir. Pas depuis qu’Il a tenté de me dérober par la ruse les informations détaillées pour entrer dans notre base et contrôler son ordinateur central…

Dommage, je me sens prête à le recevoir maintenant. Mais de toute façon il reviendra bien un jour. Il n’a que la moitié du puzzle, il lui manque les pièces les plus importantes… Je lui suis encore utile…

J’écoute. De l’autre côté de la porte, aucun bruit. Le calme plat. Je reprends le compte : 526, 527, 528, 529, 530… L’effort me fait transpirer plus que de raison. Mais je continue. Avec acharnement. Comme chaque jour depuis celui de la vision, j’ai repris l’entraînement. Il a essayé de me démolir, ça a marché un temps mais désormais je sais qu’il en faudra plus pour venir à bout de moi.

Les inhibiteurs me rendent la tâche difficile : avec eux, adieu super force, adieu invincibilité ! Cette technologie a pourtant une faille majeure, comme toute technologie. En l’occurrence, celle de me sous-estimer complètement !

Je ne sais pas comment ça marche mais de ce que je comprends, cette technologie ne peut agir que sur ce qui chez moi est d’ordre supra naturel, elle a pour but de faire de moi un être humain comme les autres… mais c’est oublier que je ne suis pas comme les autres. Je suis naturellement une machine de compétition. Je suis naturellement au dessus de la moyenne pour ce qui est de ma constitution physique et des mes aptitudes. Je ne vois pas ce qui pourrait m’empêcher de pousser mes forces jusqu’à leurs dernières limites ! Au contraire, c’est l’occasion rêvée de voir ce dont je suis véritablement capable, en toute objectivité !

998, 999, 1000. Mes abdominaux ne me brûlent même plus. C’est bon signe. Au tour des jambes maintenant. Voyons si vous êtes musculairement intelligentes, mes jolies ! Dans un coin sombre et reculé de la pièce, j’ai fait un petit tas de poussière noire. On dirait presque du charbon. Je trempe mes mains dedans et me met face au mur. Je lève les yeux : le plafond me nargue quelques 6 mètres plus haut. Parfois j’ai l’impression d’être dans un puits sans fond… faites que ce soit un puit à souhaits…

À un peu plus du tiers de sa hauteur, on voit des traces noires. On pourrait penser qu’il s’agit juste d’ombres diffuses, après tout il fait plutôt sombre ici, la minuscule ampoule électrique qui pendouille à trois mètres au dessus de la porte du cachot ne diffuse que peu de lumière. Mais non, ces traces sur le mur, c’est ma marge de progression.

Jusqu’à présent, c’est pas vraiment brillant. Mieux qu’une personne normale de base, ok, mais vraiment pas folichon pour un clone super entraîné… Mais ça m’occupe. Pendant ce temps là je ne pense pas. Je suis tellement concentrée que je ne regarde même pas au dessus de moi. Je fixe le mur avec obstination, je saute avec une précision quasi mécanique, je plaque mes mains contre le mur, je retombe, je recommence.

L’entraînement qui me fait tenir.

Et cette fois encore je me met en mode automatique : devant le mur, mes jambes se plient, muscles en éveil, mouvement de balancier des bras, je saute...

PLAAAAF !!!!

« Oh, putain ! » que je gueule en m’encastrant soudain dans le plafond !

BLAAAAM !!!!

Je retombe sur le sol comme une masse en laissant autour de moi une sorte de cratère avec deux bras et deux jambes écartés…

Bon sang ! Qu’est-ce que ça veut dire ?!

Je me retrouve assise par terre, le regard planté dans le vide, l’air hagard…

Non, ce n’est pas possible… Même pour un être particulièrement préparé à l’effort physique, ce qui vient de se produire est de l’ordre de l’impossible… Pas quand la pièce est truffée de dispositifs inhibant mes pouvoirs ! Ou alors…

L’espace d’un instant j’affiche un petit sourire incertain… puis je me concentre et serre les poings : aussitôt une vague de lumière scintille autour de moi…

Je ne vois qu’une seule explication : il n’y a pas de dispositif particulier, c’est Lui l’inhibiteur.

Et pour une raison qui m’échappe Il vient de quitter cet endroit…

Mais si c’était encore un piège ? Il pourrait avoir baissé volontairement la puissance de ses pouvoirs pour me laisser m’échapper et me suivre jusqu’à notre complexe…

Et si ce n’était pas un piège ? Ce sera pourrait-être ma seule occasion avant longtemps...

Et merde… Pourquoi je n'ai jamais de plan de secours quand il faudrait ?

Advienne que pourra ! J’ignore de combien de temps je dispose... Criant comme une folle furieuse, je m’élance et défonce la porte d’un coup d’épaule.

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