Échoué sur la plage.
Je me relevai péniblement, les muscles endoloris à force d’avoir été balloté par les vagues.
La pluie avait cessé de tomber et il faisait toujours nuit. Mais était-ce la même nuit ?
Quelques formes se détachaient de l’obscurité : des débris du bateau et… des corps. D’autres eurent moins de chance. Que moi… et…
Là ! Un mouvement !
Je m’approchai. C’était une femme. Elle respirait encore. Je la secouai doucement. Elle finit par reprendre connaissance. Elle s’appelait Sara. Discuter avec elle ne m’éclaira pas plus sur notre situation : tout ce dont elle se souvenait, c’était la tempête. Et la vague monstrueuse qui s’était abattu sur le navire. Et puis plus rien.
Nous n’avions aucune idée de l’endroit où nous avions échoué. Néanmoins, nous étions d’accord sur un point : inutile de moisir sur la plage. Les charognards avaient déjà investi la plage et il ne faisait aucun doute que les prédateurs allaient bientôt pointer le bout de leur nez.
Tandis que je me cherchai une arme de fortune, Sara m’indiqua une piste qui semblait s’enfoncer dans la jungle en direction de l’intérieur des terres. Piste que nous empruntâmes mais qu’il fallut dégager de la présence de la faune nocturne : oiseaux marins et autres rats à la taille considérable. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces fichus bestioles nous menèrent la vie dure ! À croire que le moindre être vivant est capable de vous pincer ou de vous mordre, de vous mettre à terre pour vous déchiqueter vivant ! Et pourtant ce n’est pas faute d’esquiver ou de parer leurs attaques… Le tout est d’apprendre à anticiper leurs mouvements et d’attendre le bon moment pour frapper. Fort. Tellement facile à dire mais autrement plus difficile à faire !
Et quand je pense que j’ai croisé des spécimens à la taille beaucoup plus imposante depuis… Par « imposant », je veux dire « qui dépasse allègrement la taille d’un homme ». Mieux vaut ne pas s’y frotter pour le moment…
Nous réussîmes à nous frayer un chemin jusqu’à une vielle bâtisse. Porte enfoncée, fatras à l’intérieur… Pas âme qui vive. Au moins, nous disposions d’un abri pour la nuit. Et les animaux que j’avais abattus fournirent notre pitance. On oublie vite qu’on mange de la viande de rat lorsqu’on a le ventre et qu’on est épuisé.
Le repos fut de courte durée mais bénéfique.
Le matin, je décidai de m’aventurer plus loin. Sans Sara qui préférait rester dans la maison. Je ne la revis plus.
J’empruntai un chemin sinueux et escarpé. Il débouchait sur une petite cuvette circulaire au centre de laquelle se dressait un petit bâtiment à l’aspect ancien comme figé au milieu de volutes de brume. En m’approchant, je constatai que le sol tout autour semblait avoir été remué. Plus étrange encore, des mottes de terre tombaient sporadiquement du toit.
C’était comme si ce « temple » (aucun autre terme ne me venait à l’esprit) était… sorti de terre…
Littéralement.
Ma curiosité avait été piquée au vif. Je montai les quelques marches me séparant de l’entrée et m’engouffrait à l’intérieur de l’édifice. Un nouvel escalier se précisa sous mes pas mais celui-ci descendait. Bien vite, la lumière du jour ne me suffit plus à distinguer ce qui m’entourait. D’un seul coup, je sentis le sol se dérober et je chutai lourdement de quelques mètres. Je tâtonnai jusqu’à trouver une torche que je réussis à allumer. J’entrepris d’explorer les lieux qui se révélèrent rapidement vides. Ou presq
[Ici le manuscrit s’interrompt, déchiré. Je pris le second morceau et poursuivis ma lecture.]
Port-Faranga.
L’unique ville de l’île avait un petit côté agréable : organisée en terrasses jusqu’au niveau du port, des maisons aux murs blanchis à la chaux. Les rues sentaient bon le sel, porté par les embruns que le soleil avait patiemment caressés de ses rayons. Le vieux phare ne servait plus et les quais étaient vides, toute communication avec le continent ayant été interrompues depuis le début des tempêtes.
Jusqu’ici, j’avais réussi à ne pas prendre parti : l’ex-gouverneur de l’île, le Don, ou l’Inquisition menée par Mendoza, le nouveau venu. Choisir entre une bande de filous uniquement motivés par l’appât du gain ou une organisation de fanatiques qui obligent les habitants de l’île de à rester cloîtrés en ville sous le couvert de la protection ? Deux camps l’un comme l’autre peu recommandables. Deux camps qui s’intéressent de très près aux ruines…
Ça s’est joué à peu de choses. Le comportement de certains hommes du Don acheva de me dégoûter. Je me tournai vers l’Inquisition.
À la demande du commandant Carlos, le bras droit de Mendoza, je fus chargé de mettre un frein aux opérations de contrebande menées en ville par le Don. Tâche plutôt ardue lorsqu’on est sans-le-sou… Mais grâce à mon appui, la milice réussit à chasser tous ces malandrins dehors. J’y gagnais une recommandation pour le Monastère, le lieu d’études des mages qui avait été réquisitionné par l’Inquisition pour établir son camp de base sur l’île.
Là-bas, j’en apprendrai peut-être plus sur ces intrigants temples en ruines.
[Le manuscrit s’achève sur ces mots.]

donc seule la magie pouvait me sauver .